vendredi 4 novembre 2011

23ème Café Repaire Berrichon - Le syndicalisme est-il mort ?

«Que peuvent les lois là où ne règne que l’argent»
Pétrone (Satiricon)


Le syndicalisme est-il mort ?

Les syndicats sont les organisations de base des travailleurs. Pourtant, depuis les années quatre-vingt, les syndicats ont connu un net recul des adhésions. Ils ont connu des divisions de plus en plus grandes entres les confédérations sur les modalités d’action ou de négociation. Ils ont surtout connu un changement de nature au cours du siècle passé. En effet, sept syndicats (la CGT, FO, l’UNSA, l’Union syndicale Solidaire, la CNT, la FGAAC et la FSU) se revendiquent de la Charte d’Amiens, texte fondateur d’un syndicalisme « à la française ».
Le syndicalisme révolutionnaire place la lutte comme principal et quasiment unique levier d’amélioration de la condition ouvrière et salariale. Par opposition le syndicalisme réformiste pense que la négociation constitue le meilleur des leviers pour aboutir aux mêmes résultats.

Depuis quelques années, les conflits sociaux n’ont pas manqué. Les manifestations ont attirés des millions de personnes dans la rue. La raideur dans la négociation des gouvernants actuels est telle, les résultats de ces négociations sont si maigres, que pour beaucoup « faire la grève » ne sert plus à rien.
Résignation, pari politique… Les motifs ne manquent plus pour ne pas relever le défi.

Oui mais… Pas un jour ne se passe sans que l’information ne nous apporte son lot de mauvais présages concernant la situation économique. C’est un peu comme si les décideurs préparaient les opinions publiques à des sacrifices comparables à ceux qui sont exigés du peuple grec.
Notre jovial premier Ministre a même lancé l’idée, pour le moins éculée, d’un alignement avec nos voisins allemands sur tous les domaines de la sphère fiscale et sociale, préconisant au passage un nouveau recul en matière de droit à la retraite.
Dans le même tempo, l’Union Européenne s’apprête à réduire de manière drastique le programme d’aide aux plus démunis alors qu’en France, notamment, une récente étude de l’INSEE fait état d’un développement inquiétant de la pauvreté et des inégalités.
Rares sont les voix, expertes ou politiques, qui proposent d’autres voies plus radicales pour sortir du bourbier dans lequel les requins de la finance nous ont jetés. Celles-ci sont promptement disqualifiées par les théoriciens de l’impossible : hors le marché, point de salut !
Ledit marché continue de tirer les ficelles et les pantins désarticulés qui se réuniront prochainement pour le G20 continueront de nous saouler de leurs beaux discours et engagements sincères sans pour autant prendre les décisions nécessaires au règlement de la crise financière qui secoue la planète.
Le marché exige et impose, au travers de ses bras armés, les agences de notation, un recul des droits sociaux sous prétexte d’un retour aux indispensables équilibres budgétaires.
Mais ces officines vont encore plus loin : la récente dégradation de la note de la dette souveraine italienne est notamment justifiée par une certaine instabilité politique !
Non contente de peser sur les choix budgétaires et économiques des états, la «finance» vient maintenant mettre son grain de sel pour remettre en cause les choix démocratiques des citoyens.
Constatons par ailleurs que trop de nos hommes politiques ne sont pas seulement proches des milieux d’affaires, mais également du milieu tout court. L’addiction à l’argent sale s’ajoute à celle du marché. Le livre du journaliste d’investigation, connu et reconnu, Pierre Péan, lève un voile cru sur les méthodes de notre personnel politique dans un microcosme où se mêlent barbouzes et voyous.
In fine, on s’aperçoit que la vie politique hexagonale ne s’appuie plus sur le fruit du processus démocratique mais obéit aux ordres d’intervenants extérieurs peu recommandables.
Le propos n’est pas ici de suggérer un rejet des urnes, mais bien de pointer le fait que ce processus démocratique est orphelin sans l’intervention directe des citoyens dans tous les domaines où se joue leur avenir commun.
Au moment où nous sommes, certains pensent encore que notre salut de salariés, de retraités, de chômeurs, de précaires ne passe que par ces urnes. Pour la plupart des syndicats dits « révolutionnaires », ils estiment que le monde du travail, sacrifié sur l’autel de la crise, doit se manifester et manifester sans attendre les échéances électorales de 2012, pour imposer les autres choix possibles.

Si l’on parle de mort du syndicalisme, la question fondamentale qu’il convient à chacun de se poser est celle-ci : la lutte est-elle vaine ? Par la négociation et/ou par la grève ?

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