jeudi 11 novembre 2010

Annonce du 12ème Café Repaire berrichon, jeudi 18 novembre - Semaine de la solidarité internationale



Amis AMG d'ici et d'ailleurs bonjour

La prochaine réunion du Café Repaire aura lieu jeudi 18 novembre à 19h au bistrot le Guet-apens de Pigny (10 km au Nord de Bourges direction Henrichemont). Pour cette 12 ème rencontre, le Café Repaire berrichon s'inscrit dans la Semaine de la solidarité internationale. Nous projetterons un documentaire de Nicole Petitpierre, "Au coeur de la proximité" (39 mn) et traiterons de "l'agriculture contractuelle de proximité. En Suisse romande, une mutation est en pleine croissance..."

Cette Semaine de la solidarité internationale débutera dans le Cher, par son inauguration au marché de la Halle au Blé de Bourges samedi 13 de 9 h à 13h. Mardi 16 à 18h15 une projection du documentaire de Jean-Pierre Bris "Main basse sur le riz" suivi d'un débat sera organisé à la médiathèque de Bourges. Mercredi 17 novembre à 21h, le documentaire de Nikolaus Geyrhalter "Notre pain quotidien", sera présenté à la maison de la Culture de Bourges et sera suivi d'un débat. Vendredi 19 à 20h, une conférence de Jacques Berthelot sera organisée dans la salle des délibération du Conseil général, place Marcel-Plaisant. Jacques Berthelot est économiste, ancien maître de conférence à l'ENSA de Toulouse, chercheur et collaborateur du journal Le Monde diplomatique. Et pour conclure cette riche semaine, un repas spectacle africain préparé par l'association Diogoma sera organisé à partir de 18h à la Salle des Fêtes de la Chancellerie.

"Du Nord au Sud, d'Est en Ouest, tout est lié. Une décision prise en un point de la planète peut avoir des conséquences pour tous. Prendre conscience des enjeux qui traversent notre monde, s'engager en faveur de plus de justice et de solidarité, c'est l'objectif de la Semaine de la solidarité internationale. "

Programme détaillé de la Semaine de la solidarité internationale :
http://www.lasemaine.org/

Festival de film Alimenterre :
http://www.cfsi.asso.fr/netkali/CFSI.aspx?IdItem=93&IdDoc=188

Mais aussi, sur le même thème, un film de Vincent Bruno "Je mange donc je suis" :
http://vimeo.com/7893617

et une enquête assassine, "Food inc" :
http://www.tagtele.com/videos/voir/52350

lundi 11 octobre 2010

Clins d'oeil et références à l'occasion du 11e café repaire berrichon

Enfin, une amie Frédérique m'a fait parvenir un texte intéressant de Noam Chomsky. Je le livre à votre réflexion pour que nous en discutions lors de notre prochaine rencontre.
in :
http://www.mediapart.fr/club/blog/vincent-verschoore/011010/les-dix-strategies-de-manipulation-de-masse-noam-chomsky


Le linguiste nord-américain Noam Chomsky a élaboré une liste des « Dix Stratégies de Manipulation » à travers les média. Nous la reproduisons ici. Elle détaille l'éventail, depuis la stratégie de la distraction, en passant par la stratégie de la dégradation jusqu'à maintenir le public dans l'ignorance et la médiocrité.

1/ La stratégie de la distraction

Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. » Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions

Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.

3/ La stratégie de la dégradation

Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.

4/ La stratégie du différé

Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.

5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge

La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-age ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ». Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…

7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…

9/ Remplacer la révolte par la culpabilité

Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!…

10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

Clins d'oeil et références à l'occasion du 11e café repaire berrichon

Dans un premier temps, voici un entretien que Fédéric Lordon a accordé à l'émission "d@ns le texte" sur @rret sur images présentée par l'excellente Judith Bernard au sujet de son dernier ouvrage, "Capitalisme, désir et servitude. Marx et Spinoza" édité à La Fabrique éditions en 2010. Une émission exemplaire et incontournable. Tant pis pour ceux qui ne sont pas abonnés à @rret sur images :
http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=3405

Ensuite, parce que le sujet est complexe, je propose une petite explication par "Vives les retraites" : "La réforme des retraites pour les « Nuls »" :
http://danactu-resistance.over-blog.com/article-reforme-des-retraites-pour-les-nuls-rencontre-avec-la-scop-le-pave-56476779-comments.html

Aussi, sur Médiapart, la machine à fabriquer des chômeurs :
http://www.mediapart.fr/journal/economie/011010/la-machine-fabriquer-des-chomeurs

Sinon, j'ai découvert dernièrement un outil contre la première arme du capitalisme totalitaire qu'est la télévision : le TV B-Gone, la solution pour éteindre discrètement toutes les télés :
http://www.lesmutins.org/tvbegone/

Annonce 11ème Café Repaire du jeudi 21 octobre

Retraites, travail et capitalisme totalitaire

Amis AMG d'ici et d'ailleurs bonjour

La prochaine réunion du Café Repaire aura lieu jeudi 21octobre à 19h au bistrot le Guet-apens de Pigny (10 km au Nord de Bourges direction Henrichemont). Nous traiterons des retraites, donc du travail, et le capitalisme sera certainement sur la sellette. Cette séance sera organisée en collaboration avec ATTAC 18.

Nous visionnerons un film sur les retraites réalisé par Solidaires - pas trop long et assez amusant. Mais au préalable, comme je me suis engagé à le faire le mois dernier, je vous apporte quelques éléments qui pourront nourrir nos discussions pour cette prochaine rencontre.


"Tout vagabondage déplaît au bourgeois, et il existe aussi des vagabonds de l'esprit, qui, étouffant sous le toit qui abritait leurs pères, s'en vont chercher au loin plus d'air et plus d'espace. Au lieu de rester au coin de l'âtre familial à remuer les cendres d'une opinion modérée, au lieu de tenir pour des vérités indiscutables ce qui a consolé et apaisé tant de générations avant eux, ils franchissent la barrière qui clôt le champ paternel, et s'en vont par les chemins audacieux de la critique, où les mène leur insatiable curiosité de douter."

Max Stirner

mardi 28 septembre 2010

Devenez co-product(u)eur de "Dans ta gueule !"

Un film-documentaire du Berry Ripou sur son procès remporté contre Hortefeux. Malgré la victoire, notre journal est affaiblit par les frais de justice qu'a entraînés cette procédure. Et d'autres procès sont intentés un peu partout en France pour affaiblir et intimider les citoyens libres qui osent s'exprimer : Tours, Poitiers, Toulon, Pau... Voilà pourquoi le Berry Ripou vous propose un "Don-Solidaire" qui vous permet de devenir "Co-Producteur" du film "Dans ta gueule !" retraçant notre combat pour les sans-papiers, pour la Liberté d'expression mais aussi en mettant en lumière tous nos soutiens ainsi que les procès de nos co-inculpés de France ayant osé se révolter contre la politique insupportable de Hortefeux. - (Sortie du film "Dans ta Gueule !" fin décembre 2010).
APPEL AUX DONS SOLIDAIRES
Pour co-Produire le Film citoyen « Dans ta Gueule ! »
et nous permettre de rembourser les frais du Procès de la caricature du Ripou

1. Don solidaire: jusqu'à 5 € donnant droit à une entrée gratuite pour le film.
2. Don "simple": 15 € comprenant: entrée gratuite et affiche du film dédicacée.
3. Don "Co-Producteur": 20 € (ou plus) comprenant: entrée gratuite, affiche dédicacée du film et VOTRE NOM au générique en tant que "co-producteur".

Envoyez votre chèque à l'ordre et au siège social de:
Association Le Berry des Pendus, 45ter, rue de Sarrebourg - 18000 - Bourges


NDLA : Il va de soit, que chaque membre du Café Repaire Berrichon co-produisant ce film, aura son nom et prénom de cités sur une page de notre p'tit blog favori !

lundi 13 septembre 2010

Supplément au 11ème Café Repaire du jeudi 16 septembre



Amis AMG d'ici et d'ailleurs bonjour,

Les jours se succèdent tranquillement en notre beau Berry mais l'actualité locale nous rappelle bien vite qu'un péril couve en sourdine. La liberté d'expression est jugée. Vendredi 17 septembre, le lendemain de la rencontre du Café Repaire, s'ouvrira le procès Bourrette co
ntre Le Berry Ripou au tribunal de grande instance de Bourges (TGI ). Il n'y a pas de comité de soutien à ma connaissance, mais un mot d'ordre circule : rendez-vous devant le TGI à 14h, "ouverture des débats", comme si il y avait débat sur la liberté d'expression, de la presse et du citoyen..

"Trouver de nouvelles armes" est le thème de la rencontre du prochain Café Repaire. Son titre est emprunté à celui d'un séminaire qu'Ars Industrialis à organisé au Collège internationale de philosophie, et si on entend bien ce que dit Bernard Stiegler dans son intervention d'introduction, une révolution est en marche.


Pour apporter quelques d'éléments qui serviront certainement notre discussion, voici deux textes d'Emmanuel Terray qui éclaire la situation, ainsi qu'une invitation (en image au dessus, cliquez pour agrandir) au nouveau cours que donnera Bernard Stiegler à l'école du Grand-Meaulnes à Epineuil-le-Fleuriel à partir du samedi 18 septembre.

jeudi 16, Café Repaire de Pigny à 19h
vendredi 17, TGI de Bourges à 14h
samedi 17, Cours philo d'Epineuil à 15h

Quand on veut interpeller des indésirables, il faut aller les chercher là où ils sont, par Emmanuel Terray


Anthropologue, ancien directeur du Centre d’études africaines (EHESS-CNRS) entre 1984 et 1991, et membre de la Ligue des Droits de l’Homme, Emmanuel Terray est l'auteur d'un texte dont le Monde a refusé la parution « 1942-2006: réflexions sur un parallèle contesté », mais qui circule sur le net, et que l'on peut lire sur l'un des sites de la ligue des droits de l'homme ou sur celui de resf.



«Quand on veut interpeller des indésirables, il faut aller les chercher là où ils sont »

« A partir du moment où la police se livre à des interpellations massives opérées à l’improviste dans une certaine population, eh bien il y a rafle ! Effectivement, le terme de rafle a été utilisé dans plusieurs circonstances historiques. Au moins deux, dans l’espace de mon existence. Pendant la guerre bien entendu, l’exemple cité par le Petit Robert, c’est la rafle du Vel d’Hiv. Il y a eu aussi des rafles pendant la guerre d’Algérie, et il se trouve qu’à ce moment-là, j’ai assisté à certaines de ces rafles, en tous cas l’une d’entre elles, le 17 octobre 1961, où une manifestation pacifique, désarmée, a été proprement raflée par la police. A partir du moment où de telles opérations ont lieu, et elles ont lieu, je ne vois pas pourquoi on n’emploie pas le mot rafle. Le mot rafle s’écrit avec une minuscule, c’est nom commun. C’est par une sorte de pudeur ou de scrupule incompréhensible que ce terme n’est pas employé. » (…)

« Ce qui fait le caractère suprêmement tragique des rafles de 1942, dont je rappelle qu’elles sont effectuées pour l’essentiel par la police française, c’est qu’au terme de la rafle, la police française remet les gens qu’elle a capturé aux Allemands. Elle les remet aux nazis et à partir de ce moment-là, ils sont déportés, ils partent d’abord à Drancy, puis à Compiègne, et ils sont mis dans des trains en direction de l’Allemagne et à ce moment-là la police française se désintéresse de leur sort. C’est cette présence allemande qui fait tout le caractère unique et extraordinairement tragique de l’extermination de 1942, et bien entendu aujourd’hui, il n’y a pas extermination, et il n’y a pas Allemands. Mais en revanche si l’on regarde l’attitude de la police française, les similitudes apparaissent. »

« La première similitude, c’est le fait qu’un certain nombre d’individus qui vivent parmi nous, qui sont installés sur notre territoire, sont désignés comme des indésirables. Et ces indésirables, on décide de s’en débarrasser en les mettant dehors. La deuxième similitude est commandée par la nature des choses : à partir du moment où l’on veut interpeller des suspects collectivement désignés, il n’y a pas beaucoup le choix. Les techniques existent. C’est la convocation piège dans les préfectures, qui était déjà pratiquée en 1942. C’est la rafle, l’arrestation massive. C’est l’interpellation des enfants dans les écoles. On a beau me dire que les deux situations n’ont aucun rapport, c’est quand même la première fois depuis les années 1940-1945 que des enfants sont interpellés dans des écoles. C’est l’interpellation des gens à leur domicile comme ça s’est produit à Amiens, avec les conséquences tragiques que l’on connaît. Techniquement parlant quand on veut interpeller des indésirables, il faut aller les chercher là où ils sont. Le fait que la police française se soit vue fixer des objectifs chiffrés en la matière, et sur lesquels les responsables sont jugés par leur hiérarchie, a pour conséquence que cette chasse prend des formes tout à fait spectaculaires. »

« Ce qui c’est passé à deux pas de votre journal, place de la République, l’année dernière, à l’occasion des Restaurants du cœur, où la police est venu interpeller une trentaine de sans-papiers après en avoir contrôlé bien davantage, c’est une rafle. J’ai ici le rapport de la Cimade, il y a une rubrique rafles et une liste de rafles vous est indiquée : liste des rafles et nombre de personnes placées en rétention recensées par la Cimade. Ce document est dans le domaine public, chacun peut le consulter. Et la Cimade, qui est experte en la matière puisqu’elle était déjà sur ce front en 1940-42, n’hésite en aucun cas à parler de rafles, je ne vois pas pourquoi je m’abstiendrais d’en parler. »

« Les méthodes policières sont commandées par la nature des choses : c’est un problème technique. A partir du moment où vous voulez interpeller des gens qui n’ont pas commis de délit particulier, sauf celui d’être là, ou bien c’était celui d’être juif en 1942, vous allez les chercher là où ils sont, vous leur tendez des pièges pour les amener dans les préfectures, vous allez mettre des dispositifs policiers pour les interpeller dans les quartiers où ils habitent. Il faut savoir que cette année au métro Belleville, c’est pratiquement chaque semaine que les opérations de ce genre ont lieu. D’après ce que m’ont raconté les habitants du quartier, une semaine ce sont les Chinois, une autre semaine ce sont les Arabes, probablement en fonction des avions qu’il faut remplir, et ce sont des rafles qui sont ciblées sur des populations déterminées.»

« Une des conséquences de tout cela, c’est quand même le fait extrêmement grave que désormais, c’est par centaines que les enfants sont enfermés en centre de rétention. La Cimade le mentionne : les chiffres pour 2005 sont de l’ordre de 400. Et je pense qu’aujourd’hui ils ont beaucoup augmenté. Les parents sont soumis au chantage : ou bien vous les emmenez avec vous, ou bien on les met à la Ddass. C’est quand même extrêmement grave que des enfants de trois à six ans soient enfermés dans des centres de rétention. Ultime parallèle : quand la Cimade a interpellé les autorités sur ce placement des enfants en rétention, en leur disant "mais les enfants n’ont pas à être en rétention puisqu’ils ne sont pas expulsables", la réponse de l’administration a été “oui mais nous agissons dans un but humanitaire pour ne pas séparer les parents des enfants“. Eh bien, je le dit brutalement, j’appelle ça la jurisprudence Laval –Bousquet, parce que c’est exactement la réponse que Laval et Bousquet ont faite aux autorités chrétiennes quand les autorités chrétiennes leur ont demandé de ne pas interpeller les enfants juifs, Laval et Bousquet leur ont répondu qu’ils faisaient cela dans un but humanitaire pour ne pas les séparer de leurs parents. On peut penser qu’il s’agit d’une pure et simple coïncidence, n’empêche que la réponse est mot pour mot la même. »

Propos recueillis par Karl Laske in Contre journal :
http://contrejournal.blogs.liberation.fr/mon_weblog/2007/09/emmanuel-terray.html

Après plusieurs ouvrages d’anthropologie, Emmanuel Terray est l'auteur de Lettre à la fugitive, Odile Jacob, 1988 ; La politique dans la caverne, Seuil, 1990 ; Le troisième jour du communisme, Actes Sud, 1992 ; Une passion allemande, Seuil, 1994 ; Clausewitz, Fayard, 1999 ; En substance, Fayard, 2000, Traversées, avec Jean-Paul Colleyn, Labor, 2005, Face aux abus de mémoire. Actes Sud, 2006.